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Épisode 1 — Où sont passés nos colatiers ?Quand la kola disparaît, une mémoire disparaît avec elle

Le colatier disparaît progressivement de nos concessions alors que la kola porte une place profonde dans la culture Grassfields. Elle accompagne le mariage et la dot et porte la mémoire de l’union, de l’alliance et du partage. Le colatier est aussi un arbre productif qui peut vivre au sein de nos systèmes agricoles et représenter une ressource pour nos communautés. Que restera-t-il de ces symboles si nous cessons de planter les arbres qui permettent encore de les transmettre ?

Kola
Kola

Quand j'étais plus jeune, le colatier faisait partie de ces arbres que l'on retrouvait naturellement dans nos concessions. On ne se demandait pas vraiment s'il serait encore là demain. Il était là, tout simplement, comme beaucoup de choses que nous pensions acquises.

Aujourd'hui, regardons autour de nous.

Combien de colatiers reste-t-il dans nos concessions ? Et surtout, combien de jeunes colatiers plantons-nous pour remplacer ceux qui vieillissent et disparaissent ?

Cette question est importante parce que le colatier n'est pas seulement l'arbre qui nous donne la kola. Il fait partie de notre manière de vivre, de recevoir, de partager et de créer des alliances.

Et si nous perdons l'arbre, tôt ou tard nous perdrons aussi une partie de ce qu'il représente.

Un arbre qui donne pendant des générations

Il y a quelque chose que j'aime particulièrement dans le colatier : on n'a pas besoin de le couper pour profiter de sa richesse.

On récolte sa kola et l'arbre reste là.

Il donnera encore.

Et encore.

Un colatier planté aujourd'hui peut servir à ceux qui l'ont planté, puis à leurs enfants.

Dans nos systèmes agricoles, il peut aussi vivre avec d'autres plantes. Ses feuilles tombent, se décomposent et retournent à la terre. Son couvert apporte de l'ombre et protège le sol de l'impact direct des fortes pluies.

C'est une relation différente avec l'arbre : nous profitons de ce qu'il donne sans avoir besoin de le détruire.

Nos ancêtres observaient beaucoup la nature

Il faut prendre une kola et vraiment la regarder.

Selon sa variété et la manière dont elle s'ouvre, ses lobes charnus peuvent faire penser aux testicules de l'homme. Dans notre lecture traditionnelle fondée sur l'observation et le mimétisme de la nature, la kola a ainsi été associée à la vitalité masculine, à la fécondité et à la vigueur.

Ses lobes et ses divisions peuvent aussi rappeler le cerveau.

Et ce rapprochement avec l'éveil est intéressant, car nous savons aujourd'hui que la kola contient naturellement de la caféine et de la théobromine. Elle est stimulante et favorise temporairement l'éveil et la vigilance.

Nos ancêtres n'avaient évidemment pas besoin de connaître le mot caféine pour constater qu'après avoir consommé de la kola, on pouvait rester éveillé plus longtemps.

Ils observaient la nature et ils observaient le corps.

C'est aussi cela que nous devons apprendre à documenter aujourd'hui : ce que nos anciens savaient, pourquoi ils l'utilisaient et ce que la recherche moderne peut ou non confirmer.

Mais pour moi, la kola va beaucoup plus loin

Quand je regarde une kola, je ne vois pas seulement ses propriétés.

Je pense surtout à ce qu'elle représente chez nous.

Le mariage. L'alliance. Le partage.

Lorsqu'une famille arrive pour une dot avec de la kola, ce n'est pas simplement parce qu'il faut apporter quelque chose à manger.

La kola est présentée, ouverte et partagée.

Ce geste dit quelque chose.

Deux familles se rencontrent. Elles vont désormais être liées. On partage une même kola comme on commence à partager quelque chose de plus grand.

C'est pour cela que certains objets de nos cérémonies ne peuvent pas être considérés comme de simples accessoires.

Ils portent le sens de la cérémonie.

Que se passera-t-il lorsque nous n'aurons plus de kola ?

C'est cette question qui me préoccupe.

Si nous ne replantons pas nos colatiers, les anciens vont progressivement mourir. La kola deviendra plus rare dans nos villages. Nous commencerons peut-être à la remplacer par autre chose lors des dots.

Une première fois.

Puis une deuxième.

Et finalement, cela deviendra normal.

Nos enfants grandiront en voyant autre chose sur la table.

Ils ne demanderont plus :« Pourquoi partage-t-on la kola ? »

Et puisque personne ne posera plus cette question, nous finirons peut-être par ne plus expliquer que la kola représente chez nous l'union, l'alliance et le partage.

Le mariage sera toujours là.

La dot sera peut-être toujours là.

Mais une partie de ce qui donnait un sens à ces gestes aura disparu.

C'est aussi comme cela qu'une culture se perd.

Pas forcément parce que quelqu'un l'interdit.

Parfois, nous cessons simplement de produire les choses qui nous permettaient de la pratiquer. Nous les remplaçons, puis nous oublions pourquoi elles étaient importantes.

Le colatier peut aussi redevenir une richesse

Et je ne veux pas que nous parlions toujours de notre patrimoine uniquement comme de quelque chose qu'il faut sauver parce qu'il est ancien.

Le colatier peut encore nous servir aujourd'hui.

La kola peut être mieux cultivée, mieux transformée et mieux valorisée. Elle peut créer des revenus pour les producteurs et ouvrir de nouvelles possibilités économiques pour nos communautés.

Nous devons apprendre à regarder nos ressources traditionnelles autrement : ce que nos ancêtres nous ont laissé peut aussi participer à construire notre avenir.

Mais cela commence par une chose très simple.

Il faut encore avoir des colatiers.

Regardons dans nos propres concessions

Après avoir lu cet article, j'aimerais que chacun fasse quelque chose.

La prochaine fois que vous serez au village, cherchez les colatiers de votre concession.

Demandez à votre mère, votre père, votre grand-mère ou votre grand-père :

Qui a planté celui-ci ?

Depuis combien de temps est-il là ?

Comment utilisiez-vous sa kola ?

Comment appelle-t-on le colatier et la kola dans notre langue ?

Et surtout :

où sont les jeunes colatiers qui prendront leur place ?

Parce qu'il ne suffit pas de photographier le dernier vieux colatier lorsque nous le verrons mourir.

Il faut planter ceux que nos enfants photographieront dans cinquante ans.

Planter un colatier aujourd'hui, c'est préserver la kola de demain, mais aussi une mémoire, un geste, le symbole du mariage, de l'alliance et du partage.

C'est cela, un patrimoine vivant : quelque chose que l'on reçoit, que l'on utilise et que l'on transmet.

Dans le prochain épisode…

Nous irons là où l'eau rencontre la terre : dans nos bas-fonds et nos raphiales.

Où sont passées nos raphiales ?

Nous parlerons de leur disparition, de leur relation avec l'eau, de leur sève fraîche et sucrée, de leurs usages dans nos familles, de leur place dans nos cérémonies et de tout ce que nous risquons de perdre avec elles.

À suivre — Épisode 2 : Où sont passées nos raphiales ?

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Écrit par

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gomâfø MÂLÁ ŊKƏŊMØNYƏ / Malla Kenmeugne Écrivaine & Gardienne du patrimoine Bamiléké/Grassfield

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