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HOUHOU : LE CRI QUI PROTÉGEAIT LES FEMMES DES GRASSFIELDS

Avant les téléphones portables, les femmes des Grassfields utilisaient le Houhou pour communiquer entre elles dans les champs. Lorsqu'une femme terminait sa journée, elle lançait son cri et les autres répondaient. Cette chaîne de voix permettait de signaler sa présence, son départ et de remarquer rapidement l'absence de l'une d'entre elles. Le Houhou était ainsi plus qu'un moyen de communication : c'était une protection solidaire fondée sur la vigilance et la responsabilité mutuelle.

Femmes Solidaires

Une maman criait : « Houuu Houuuu ! » Voici ce qu’elle disait.

Avant les téléphones portables, dans les champs des Grassfields, les femmes avaient leur propre manière de communiquer entre elles. À la fin de la journée, lorsqu’une maman terminait son travail et se préparait à rentrer, elle lançait au loin : « Houuu Houuuu ! »

Ce cri annonçait simplement : « Je finis ma journée. Je me prépare à partir. »

Mais derrière ce geste très simple existait quelque chose de beaucoup plus important : une protection solidaire.

Une voix appelait, les autres répondaient

Lorsqu’une femme lançait son Houhou, une autre répondait depuis son champ. Puis une autre, plus loin. Les voix se répondaient ainsi à travers les plantations.

Chacune annonçait sa présence et son départ. Chacune savait également que les autres étaient encore là.

Le Houhou devenait alors une forme de vigilance collective. Si une femme qui répondait habituellement ne se faisait pas entendre, son absence pouvait être remarquée rapidement. Quelqu’un pouvait aller voir ce qui se passait au lieu d'attendre son retour à la maison.

Dans les champs, aucune femme ne devait être complètement invisible aux autres.

La sécurité venait de la solidarité

C'est là toute la force du Houhou. La sécurité ne reposait pas uniquement sur la capacité de chaque femme à se protéger elle-même. Elle reposait aussi sur les autres.

Je sais que tu es là.

Tu sais que je suis là.

Si tu ne réponds plus, je m'inquiète.

Si tu as un problème, je viens vers toi.

Les femmes construisaient ainsi leur propre chaîne de vigilance. Elles travaillaient parfois éloignées les unes des autres, mais elles restaient reliées par leurs voix.

Le Houhou transformait la présence de chacune en protection pour les autres.

Aujourd'hui, nous pouvons être connectés et pourtant seuls

Nous avons maintenant les téléphones, WhatsApp, les réseaux sociaux et la géolocalisation. Nous pouvons envoyer un message à quelqu'un situé à des milliers de kilomètres en quelques secondes.

Mais la technologie ne remplace pas automatiquement la solidarité.

Une personne peut avoir un téléphone dans sa poche et personne ne remarquer immédiatement qu'elle n'est pas rentrée. Nous avons gagné des outils extraordinaires de communication, mais nous devons préserver cette ancienne habitude essentielle : veiller les uns sur les autres.

Le véritable héritage du Houhou n'est donc pas nécessairement de recommencer à crier dans les champs. C'est de recréer la responsabilité collective qui accompagnait ce cri.

Recréer le Houhou aujourd'hui

Le Houhou moderne peut être un message envoyé lorsqu'on quitte un endroit, un groupe familial qui vérifie que chacun est bien rentré, des voisines qui connaissent les habitudes les unes des autres ou simplement cette règle : si quelqu'un manque à l'appel, on ne suppose pas que tout va bien. On vérifie.

Nos mamans avaient compris quelque chose de simple : une communauté devient plus sûre lorsque chacun sait qu'une autre personne veille.

Le Houhou disait finalement :

« Je suis là.

Tu es là.

Nous veillons les unes sur les autres.

Et si l'une de nous manque, nous allons la chercher. »

C'était une communication.

Mais surtout, c'était une solidarité organisée.

Tes grand-mères ou tes mamans criaient-elles aussi « Houhou » dans les champs ? Que signifiait ce cri dans ton village ? Partage ton histoire afin que cette mémoire ne disparaisse pas.

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gomâfø MÂLÁ ŊKƏŊMØNYƏ / Malla Kenmeugne Écrivaine & Gardienne du patrimoine Bamiléké/Grassfield

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