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Pourquoi ai-je abandonné le Village ? L'enracinement selon la philosophie Grassfields

Notre Village n'est pas seulement un ensemble de bâtiments. Dans la philosophie Grassfields, elle est le premier livre de notre mémoire, le lieu où se transmettent les valeurs, les histoires et l'identité d'une famille. À travers une chanson d'André-Marie Tala, découvrons pourquoi abandonner le Village ne signifie pas seulement partir d'un lieu, mais parfois s'éloigner d'une partie de soi-même.

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Pourquoi ai-je abandonné le Village ?

L'enracinement selon la philosophie Grassfields

« Pourquoi ai-je abandonné le Village ? »

Certaines questions traversent une vie entière.

Elles ne cherchent pas seulement une réponse. Elles invitent à une réflexion profonde sur ce que nous avons perdu, ce que nous avons oublié et ce qu'il nous reste encore à transmettre.

Dans cette chanson, André-Marie Tala ne parle pas uniquement d'un départ physique. Il évoque une réalité qui touche aujourd'hui des millions d'enfants des Grassfields : l'éloignement progressif de leurs racines.

À travers cette œuvre, nous découvrons une philosophie où la concession représente bien plus qu'un lieu de résidence. Elle est la mémoire vivante d'une famille, le premier espace d'éducation et le cœur de notre identité.

Le Village : la première école

Dans les sociétés Grassfields, les enfants n'apprenaient pas uniquement à marcher ou à parler dans la concession.

Ils y apprenaient à devenir des êtres humains.

C'est là que les anciens racontaient les récits fondateurs de la famille.

C'est là que les proverbes prenaient vie.

C'est là que les enfants observaient le respect dû aux parents, aux grands-parents et aux ancêtres.

Chaque arbre.

Chaque pierre.

Chaque foyer.

Chaque case.

Tout rappelait une histoire.

La concession était notre première école.

Une bibliothèque vivante

Les Grassfields ont bâti une civilisation de l'oralité.

Nos livres étaient des paroles.

Nos archives étaient nos anciens.

Nos bibliothèques étaient nos familles.

La concession était l'endroit où cette bibliothèque prenait vie chaque jour.

Les chants.

Les cérémonies.

Les repas partagés.

Les conseils des anciens.

Tout participait à la transmission d'une mémoire collective.

Quitter la concession sans emporter cette mémoire, c'est risquer d'oublier qui nous sommes.

Partir n'est pas oublier

La chanson ne condamne pas le départ.

Depuis toujours, les Grassfields voyagent, commercent et s'installent ailleurs.

L'ouverture au monde fait partie de notre histoire.

Mais partir ne signifie pas rompre avec ses origines.

On peut vivre à des milliers de kilomètres de son village tout en restant profondément enraciné.

L'enracinement n'est pas une question de géographie.

C'est une fidélité à une mémoire.

La diaspora face à la transmission

Aujourd'hui, beaucoup d'enfants de la diaspora connaissent le nom de grandes villes étrangères, mais ignorent celui du village de leurs grands-parents.

Ils parlent plusieurs langues internationales, mais ne connaissent plus la langue de leurs ancêtres.

Ce n'est pas une fatalité.

Chaque génération peut choisir de reconstruire ce lien.

En racontant les histoires familiales.

En apprenant la langue.

En visitant le village.

En transmettant les chants, les proverbes et les coutumes.

La mémoire se transmet lorsque quelqu'un décide de la faire vivre.

Ce que cette chanson nous enseigne

Cette œuvre nous rappelle plusieurs valeurs fondamentales de la philosophie Grassfields.

L'enracinement

Savoir d'où l'on vient pour mieux savoir où l'on va.

La mémoire

Préserver les récits qui construisent notre identité.

La transmission

Recevoir un héritage pour le transmettre à son tour.

La responsabilité

Chaque génération devient gardienne de la suivante.

La famille

La concession est d'abord une communauté avant d'être une construction.

Une question pour chacun de nous

Si nos enfants ne connaissent plus notre histoire, qui la racontera demain ?

Cette question dépasse une seule famille.

Elle concerne l'avenir de toute une civilisation.

Conclusion

Les Grassfields nous enseignent que l'on peut quitter une concession sans jamais quitter ses racines.

Mais cela demande un choix conscient.

Celui de préserver la mémoire.

Celui de transmettre la langue.

Celui de raconter les histoires.

Celui de continuer à faire vivre notre héritage.

Car une concession ne disparaît véritablement que lorsque plus personne ne se souvient de ce qu'elle représentait.

🎼 Hommage à André-Marie Tala

Cette réflexion est inspirée d'une chanson d'André-Marie Tala. "Wa Gueu chou pa"

À travers son œuvre, cet immense artiste camerounais continue de faire résonner les émotions, les souvenirs et les valeurs qui façonnent la civilisation Grassfields.

Chez Ntùmla, nous croyons que nos artistes sont des passeurs de mémoire. Leurs chansons ne racontent pas seulement des histoires : elles portent une vision du monde, une sagesse et un héritage transmis de génération en génération.

Nous vous invitons à écouter l'œuvre originale d'André-Marie Tala et à soutenir son travail, véritable trésor du patrimoine culturel camerounais.

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gomâfø MÂLÁ ŊKƏŊMØNYƏ / Malla Kenmeugne Écrivaine & Gardienne du patrimoine Bamiléké/Grassfield © Malla Kenmeugne, 2026 |Malla Kenmeugne, 2026

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